À Kédougou et Tambacounda, l’or ne sort pas que des grandes mines industrielles. Chaque jour, des
milliers de Sénégalais l’extraient à la pelle, au tamis, au fond des puits avec à la clé, des pertes
financières et énormes et des dégâts environnementaux inestimables. C’est l’*Exploitation Minière
Artisanale et à Petite Echelle, (EMAPE). Pendant longtemps restée dans l’ombre, elle avait d’obtenir
un statut officiel en mai 2021, avec la création d’une Direction de l’EMAPE rattachée à la Direction
Générale des Mines.
Un secteur qui fait vivre, mais qui coûte cher à l’État
L’or est exploité artisanalement au Sénégal depuis des décennies. Dans le sud-est, c’est souvent la
première source de revenus après l’agriculture. Mais le revers est lourd avec, au plan sanitaire,
l’utilisation du mercure qui expose bon nombre de femmes et d’enfants. Au plan environnemental, l’on
assiste à un déboisement sans précèdent et une forte pression sur les sols jamais réhabilités.
Si l’on en revient à l’aspect strictement économique, des quantités non négligeables de l’or sortent par
des circuits non officiels. Il s’y ajoute qu’au plan social, les conditions de travail sont précaires et il n’y
a pratiquement point de couverture
Les tentatives d’organisation passées, via le « Pasmi » en 2007 et l’Onudi en 2018, n’ont pas eu les
effets escomptés, d’où l’urgence d’une nouvelle stratégie.
2021 : Naissance de la DEMAPE
Le président sortant avait jugé nécessaire d’accorder une attention particulière à ce segment. Résultat
des courses, la création de la Direction de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Echelle avec
trois missions principales.
D’abord il sera question d’encadrer, avec la définition et la sécurisation des couloirs d’orpaillage par
arrêté ministériel.
Ensuite, il s’agira d’accompagner les acteurs vers une exploitation responsable et durable et, enfin, de
faire passer les orpailleurs de l’informel au formel pour un meilleur accès aux circuits légaux et à des
revenus décents
Le Sénégal s’est aussi doté en mars 2020 d’un Plan d’action national pour appliquer la Convention de
Minamata et réduire l’usage du mercure.
Malheureusement, cette DEMAPE sera supprimée par les nouvelles autorités pour des raisons dont
elles seules ont la maîtrise
Pourquoi cette direction est une nécessité absolue.
Il est indéniable que cette DEMAPE va générer de l’emploi et va considérablement réduire la
pauvreté. L’EMAPE demande peu de capital contrairement aux mines industrielles. C’est un levier
direct d’inclusion pour les jeunes et les femmes.
Pour la souveraineté économique, il est très clairement établi qu’au Sahel, l’EMAPE génère plus de 8
milliards de dollars par an. La formaliser, c’est récupérer des recettes pour l’État et les
collectivités. C’est la cas dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest qui optent pour sa
formalisation. Au Burikina Faso par exemple, selon des sources dignes de foi, la production nationale
oscille autour de 45 tonnes, plus de 3fois la production industrielle du Sénégal. La même dynamique
est en gestation au Ghana
Aussi, l’état peut désormais organiser la cohabitation avec les exploitations industrielles.
Avec les engagements internationaux et la pression citoyenne, la nouvelle orientation peut mettre
l’accent sur la gestion optimale des impacts environnementaux et sociaux, surtout dans un contexte
de justice climatique.
Quatre chantiers prioritaires de la DEMAPE
Après la formalisation, la DEMAPE peut faciliter l’accès aux licences aux coopératives et créer des
centres d’achat étatiques. La santé et la sécurité seront promues avec l’utilisation de kits de
protection, des points d’eau et l’abandon du mercure.
L’autre gros objectif serait d’ériger en sacerdoce la traçabilité avec une cartographie appropriée des
sites et le suivi de la production. Le financement connaitra moins de contraintes avec la facilitation de
l’accès au crédit et un programme adapté de formation des orpailleurs
Et après ?
La création de la Direction EMAPE est une première étape. Le vrai défi est sur le terrain : les
ressources humaines, les équipements et surtout le changement de regard. L’orpailleur ne doit plus
être vu comme un fraudeur, mais comme un acteur économique.
Avec le nouveau pouvoir qui insiste sur la transparence et la redistribution locale des ressources,
l’EMAPE pourrait devenir un vrai pilier du développement des territoires miniers. L’enjeu est simple, il
sera de transformer l’or artisanal en or national.
Boubacar TAMBA













+ Commentaire